Petit Canard No117
2026 Septembre

LE MOT DU PRÉSIDENT
L'île aux oiseaux a fait peau neuve
L'île aux oiseaux de Préverenges, haut lieu de la protection de la nature sur les rives du Léman, constitue depuis le début du XXIe siècle un refuge bienvenu pour les oiseaux migrateurs. Un quart de siècle après sa création, des travaux se sont avérés nécessaires pour maintenir son rôle d'accueil pour les limicoles migrateurs. L'île est si bien intégrée au paysage du littoral lémanique que son
origine artificielle n'est pratiquement plus perçue par les nombreux passants.
C'est une réussite aussi bien comme refuge pour les oiseaux migrateurs que du point de vue paysager. Elle est devenue un site d'escale migratoire d'importance pour la Suisse romande et pour l'arc lémanique en particulier. Depuis un peu plus d'une décennie, une langue de sable s'est formée et a transformé l'île en presqu'île, rendant ainsi la zone accessible aux renards, aux chiens, aux chats ou aux humains. Les prédateurs profitent également de la végétation pour s'y cacher et, de ce fait, les oiseaux migrateurs y sont moins en sécurité.
Les travaux débutés le 18 mars 2026, et qui ont duré une semaine, avaient pour but de revaloriser le sable, pour le bien de ces espèces spécifiquement cantonnées aux rivages. L'objectif était de déplacer le sable pour former des îlots à fleur d'eau tout en créant une lagune, et d'abaisser plusieurs zones de l'île pour qu'elles soient immergées lors des hautes eaux. Ces modifications sont destinées à favoriser l'escale des limicoles, quel que soit le moment de l'année. Elles sont également bénéfiques pour les zones de frai des poissons. Outre le fait que ces îlots sablonneux sont mieux adaptés aux limicoles migrateurs, leurs formes et organisation spatiale favorisent également la
visibilité des oiseaux par les observateurs. Ces zones ont été placées à l'abri des courants d'ouest, limitant le réensablement. Le succès fut immédiat avec un nombre de limicoles et de laridés bien supérieur à la moyenne des dix dernières années. De grandes raretés comme le Goéland d'Audouin et la Glaréole à collier sont venus jouer les vedettes, avec comme ultime récompense une nouvelle espèce pour la Suisse, la Mouette de Bonaparte.
L'avifaune romande s'est enrichie de trois autres nouvelles espèces d'oiseaux nicheurs ce printemps, dont deux échassiers: un nid de Cigogne noire a été découvert dans le canton de Vaud (première helvétique), une colonie de Hérons garde-boeufs a failli passer inaperçue à Lausanne-Vidy VD (au moins 6 nids actifs visibles uniquement au drone, 3e preuve suisse) et la Bouscarle de Cetti s'installe pour de bon dans le bassin lémanique, aussi du côté suisse avec des nidifications dans les trois cantons attenants au lac. D'autre part, les Balbuzards pêcheurs réintroduits dans le Seeland se sont reproduits avec succès, marquant le retour de cette espèce disparue dans notre pays.
En vue de la célébration du centenaire du COL, qui se profile l'année prochaine, nous serions heureux de recevoir tout témoignage, illustration ou document utile pour l'exposition que nous organiserons au Musée historique de Lausanne (MHL) ainsi que pour un livre retraçant l'histoire de notre société, aujourd'hui malheureusement orpheline de notre président d'honneur Jean Mundler (voir hommage p. 10). René Tschanz, fidèle parmi les fidèles et notre plus ancien membre, a également tiré sa révérence ce printemps à plus de 96 ans.
Lionel Maumary, août 2026
